Dimanche 26 octobre 2008
Comme je l'ai sous entendu précédemment, je suis venu à Bergen par la mer, depuis le port d'Hanstolm au Nord ouest du Danemark. Hanstolm n'a aucun intérêt. Non vraiment, le port est minuscule, il n'y a que des poissonneries partout, et le ferry de la Fjordline devrait pouvoir accueillir largement toute la population...

Assez impressionnant d'ailleurs ce bateau, le Bergenfjord. Environ 130 mètres de long, de la place pour 900 personnes, deux ou trois bars-restaurants, un nightclub, un magazin et des sac à vomi un peu partout. Nous y avons passé 18h, partis le jeudi soir à 18h, nous sommes arrivés à midi à Bergen.  Pour être parfaitement honnête, je n'étais pas très rassuré. Pour avoir déjà eu le mal de mer pendant une heure et demi, je sais que au bout d'un moment assez court, on veut juste mourir... Alors être secoué pendant 18h, c'était comme avoir un aperçu de l'éternité et je n'étais pas vraiment demandeur.

Aussi quand nous avons retiré nos billets avec Christian, l'Allemand qui m'accompagnait (enfin que moi j'accompagnais plutot, vu que c'est lui qui avait tout organisé) ma première question à la charmante jeune femme qui tenait le guichet a été:"Do you know how will be the sea this night?". A quoi elle me répondit que ça devrait aller, la mer aurait des creux de 1m à 1m 20...
Je devais quand même pas avoir l'air très rassuré  (ça ne me parlait pas trop il faut dire), puisqu'en voyant ma tête elle me proposa d'emblée des cachets pour le mal de mer, "just in case"... Ils sont vraiment gentils dans ce pays.

Christian a d'ailleurs décidé à ce moment qu'il avait faim, et nous sommes allé dans un fast food très... portuaire, pour qu'il avale une énorme assiette de frites grasses et de boulettes de viande en sauce... Rien qu'à le regarder, je me souvenais de ma dernière fois sur une mer agitée. Pas agréable. Ces Allemands sont fous.

Mais vu la taille du bateau, les vagues se sentaient à peine. Le trajet fut tranquille, on se fait au mouvement permanent du bateau (
bon le réveil fut un peut verdâtre quand même). Nous n'étions pas assez riches pour nous offrir une cabine, aussi nous avons juste pris un fauteuil dans une sorte de grand compartiment. Pour le plus grand désespoir de Christian, le ferry était littéralement pleins d'Allemands, et des modèles du genre...





(Bon ceux là sont Australiens mais les Allemands c'etaient pas drole à la longue de les voir boire bières sur bières)







L'arrivée sur les fjords norvégiens fut un peu décevante.
Le temps était complètement bouché, et il pleuvait en continu. c'était néanmoins très beau en particulier les ponts gigantesques qui traversent la largeur du fjord.




J'ai même pu apercevoir un chantier naval pour plate formes off-shore (ne vous fiez pas à la photo, ce sont des structures vraiment colossales), pendant qu'une
grosse vedette de la marine norvégienne faisait des ronds dans l'eau autour de nous.















Puis, après des périls inouies, prenant des risques terribles, bravant les élements dechainés, dominant nos terreurs et chassant de nos esprits le sombre destin qui nous attendait en cas d'echec, nous avons amené le navire à bon port et avons posé le pied sur la terre de Norvège, sous les accalamations sincères de tout un peuple. Après avoir échappé à la foule en délire, je pus rejoindre Fred et Pierre, et leurs yeux brillaient d'émotion. (Si si, ils ont l'oeil brillant d'émotion là.)
Par L'Ours
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Vendredi 24 octobre 2008
Je tiens à préciser qu'un certain article sur les particularités du franco-canadien (hilarant au demeurant), n'est absolument pour rien dans mon désir de vous parler des langues scandinaves.
Non, non absolument pas! J'y ai pensé tout seul!
Je suis un homme libre! je ne suis pas un numéro!
AAAAAAAAAAAH
hum hum...

Bon comme vous le savez sans doute je suis au Danemark depuis août, et je suis arrivé dans ce beau pays un mois avant le début de mes cours à l'université pour suivre un programme linguistique sensé me donner quelques rudiments de danois. Aujourd'hui grâce à cela je demande mon pain en danois...
AHAHAHAH non bien sur, d'abord ya pas de boulangerie dans ce pays de blonds!

Et puis je dois bien admettre que le peu que j'ai daigné apprendre a vite été chassé par les efforts que je devais faire pour parler en anglais à mon prochain et entretenir une apparence de vie sociale avec d'autres individus humains. De plus, tous les Danois à qui j'ai parlé, du chauffeur de bus à l'employé de mairie, parlent un anglais, souvent meilleur que le mien. C'est là un fait qui décourage mes éventuelles velléités danoises. Je m'en tiens donc à "hej" pour bonjour, "tak" pour merci,  et "hej hej" pour au revoir( à quoi on peut ajouter "skjoll!" pour à la tienne (si si ca m'arrive)). Il va de soit que ce riche vocabulaire est considérablement amplifié par de vigoureux mouvements de tête. Mais bon je suis toujours contraint de dégainer mon anglais en cas de questions qui dépassent la monosyllabe (et encore).

Cela étant dit, après avoir voyagé en Scandinavie en compagnie d'un Allemand qui lui apprend le danois, j'ai découvert que mon argument: "cette langue est inutile, elle n'est parlée que par quelques millions(1) de Danois", pouvait être contrecarré par le fait que mon Allemand là, il comprenait à peu pres le norvégien et le suedois. Et c'est tres utile d'avoir quelqu'un qui comprend les baragouins indigènes quand on voyage. Apprendre une langue scandinave vous permet de comprendre l'essentiel des deux autres.
Mais bon je ne vais pas me mettre au danois pour autant.
(1): des millions? ahaha Larmina vous étes charmante mais vous savez deja ce que ca fait un million?


L'alliance française est historiquement récurrente avec les pays du Nord(en dépit de leur protestantisme), à la fois pour mettre la pression sur le Saint Empire, puis sur la Prusse, et pour suivant l'époque, se rapprocher de la Russie ou la menacer. N'exagérons rien cependant, mais n'oublions pas non plus que la famille royale suédoise actuelle est d'origine française (le Maréchal Bernadotte put recevoir la couronne avec l'assentiment de Napoléon, avant de trahir ce dernier et de rejoindre la Coalition, et même d'en commander une armée).
Mais bon tout ça pour dire que certains mots se retrouvent entre les langues scandinaves et le français.
(faire synthétique Quentin, SYN-THE-TIQUE)

Là où ça fais mal c'est que ces gens du Nord ont beau être blonds, neutres, très gentils tout ça, tout ça... ils ne sont pas tres malins...et donc quand ils entendent un mot français, et que ce mot leur semble utile ou plus zoooli que le leur (ce qui n'est pas un grand challenge), ils le reproduisent à l'identique...
Ben c'est tres bien  ça me direz vous, où est le problème?
Et bien tout simplement parce qu'ils le reproduisent, à l'identique certes, mais à l'oreille!




La preuve en images:

(d'ailleurs je me suis fait engueuler parce que c'est
interdit de photographier ça en Suède, il faut une autorisation... pays de fous!)












mais celle là reste ma préférée:





















En conclusion, la Scandinavie c'est sympa mais faut pas photographier les enseignes de stations services.

Par L'Ours
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Samedi 18 octobre 2008
Pour une semaine pour commencer.

Je suis rentré il y a peu d'un petit tour dans ces régions nordiques où jamais la mer ne semble loin, et où la vie semble douce.
Rien de fantastique, rien d'extraordinaire. Pas de chocs, pas de larmes d'émotion. Juste des villes et des paysages paisibles, ouverts et accueillants.
Je suis rentré sans regret au corps, mais en me disant à plusieurs reprises que si je devais quitter la France pour vivre ailleurs, Oslo ou Stockholm auraient à coup sûr ma préference.


J'ai vu pourtant des choses magnifiques ou surprenantes. J'ai passé ma premiere nuit en mer, où l'orchestre du nightclub enchainait les reprises des Village People. J'ai vu les fjords de Norvège noyés de pluie.






A Bergen, j'ai trouvé bonne compagnie barbue(trois barbus qui se font de grands gestes; un douanier et son chien :"would you please open your bag, sir?")

J'ai découvert les plaisirs brulants du sauna. J'ai franchi l'épine dorsale de la Norvège en train, des paysages de rocs, d'eau et de glace, où la séverité le disputait à une sauvage beauté. A Olso, j'ai frémi devant Le cris de Munch.  Des navires viking éveillerent en moi une admiration qui dure encore. Et j'ai revé devant la coque épaisse du FRAM, croiseur de la Banquise et au souvenir des explorations du pays des glaces.



Une étrange nostalgie m'a saisi dans les cours, dorées de feuilles d'automne, de la forteresse dominant le port.










Au détour d'un bastion, j'ai rencontré des chevaliers brillants d'acier, en pleine joute.











Dans un parc, des dizaines de grandes statues, parfois troublantes, formaient comme la population d'un monde fou, sorti des délires d'un seul artiste, Vigeland.






Plus tard, j'ai découvert en Stockholm un petit Paris, une brillante et belle cité. Je me suis perdu dans la vieille ville. J'ai marché des kilomètres et des kilomètres dans une ville pourtant petite. J'ai trouvé des iles belles, et des parcs si tranquilles que je m'y serais endormi.


Ce fut là encore un navire qui me frappa le plus: le Vasa, épave immense renflouée il y a cinquante ans, après trois siècles passés sous les eaux.






Dans un musée, on m'a rappelé que des quatre pays scandinaves, la Suède avait assurément eu l'Histoire la plus martiale, et aussi la mieux oubliée des Occidentaux. Qui se souvient aujourd'hui du temps où la Suède dictait sa loi à toute la Baltique, et du temps où elle était arbitre des puissances russe, polonaise et impériale? Qui se souvient du temps où l'on craignait les armées suédoises dans toute l'Europe centrale?





 

Enfin, ce fut sur une courte matinée à Malmö que s'acheva ma promenade. J'y ai vu le soleil se lever, la ville s'étirer et se réveiller.












Et plus vite encore que je ne l'aurai cru, je me suis retrouvé dans ma chambre tranquille, la tête lourde mais l'esprit en paix: j'avais voyagé.

Par L'Ours
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Dimanche 5 octobre 2008
Vous allez croire que j'ai une dent contre Aarhus, que j'ai nourri contre cette ville quelque ressentiment...
(Messieurs passez directement au paragraphe suivant, celui ci dessous ne s'adresse pas à vous. Mesdames, continuez, et vous me comblerez d'un simple sourire )
Si si, il n'est pas besoin de le cacher ma chère, vous percevez dans mes paroles un sentiment aigri. Je peux lire ce soupçon  dans vos yeux si beaux et dont la pureté est altérée par ce triste sentiment. Leurs eaux, plus claires et plus brillantes que celles d'un lac sous la lune, leurs eaux sont comme troublées par une vague inopportune qui trouble leur limpidité. Ma douleur est grande d'en être le responsable...


Je suis dur mais la ville ne ma pas fait bonne impression le premier jour, et même si j'ai laissé à cette impression le temps de se dissiper, je dois bien admettre que je ne tiens pas Aarhus pour une ville tres interessante.

Je sais que je suis injuste, et partial... Il y a des choses remarquables à Aarhus.
Cette cathedrale par exemple, est la plus grande du monde scandinave, et je c rois (mais j'ai un doute) de toutes les Eglises reformées d'Europe... et c'est en effet très joli. Très catholique dans l'esprit et dans la réalisation. Et c'est bien normal: construite au XIIIe siècle comme une église romane mais magnifiée en cathedrale d'un gothique presque flamboyant au XVe. Elle fut achevée alors que l'Europe avait encore une vingtaine d'années à patienter avant Luther. De ce fait, à cette date le pays ne s'écartait guère de l'orthodoxie romaine, que ce soit au niveau du dogme ou des influences artistiques majeures.
Pour faire plus simple, ce temple lutherien ressemble à une église catholique parce que c'en en était une à l'origine.


Je ne sais pas faire simple décidement.
Je crois que comme aux photos qui vont suivre je lui consacrerai un article.


Il ya aussi le fait que Aarhus se veut une ville resolument moderne, Aros le grand musée d'art moderne est là pour le rappeler.























De même que l'Hotel de ville:

















Mais la ville garde aussi quelques aspects anciens, en premier lieu l'extraordinaire musée à ciel ouvert qu'est Den Gamble By ("din gamble bu") que je vous décrirai en detail plus tard, c'est mon coup de coeur.

Si j'osais, j'irai jusqu'à dire que MÊME A LYON on a pas ça...

C'est vous dire.
Par L'Ours
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Dimanche 5 octobre 2008
Aarhus est un port...
Et ses quais, comme tous les quais, murmurent leurs propres légendes, rapportées par les vaisseaux qui fendent les eaux grises et les hommes qui les montent.
Ce ne sont pas des chevaliers, mais des hommes durs et silencieux, qui connaissent le vent de cette mer sévère,ces vents cruels et froids à fendre les os.
Ils sont les seigneurs de la Baltique.
Dans les tavernes du port, on croise parfois de ces vieux marins, blanchis d'écume, aux yeux d'un gris doux et triste. Si vous êtes assez audacieux et généreux, ils rompront leur
silence pour vous réciter un vieux poème danois que leurs pères leur ont transmis autrefois.

"Aarhus!
Aarhus!
Aarhus!
Ville impétueuse et tumultueuse,
Tu es comme notre reine,
La source de la vie."

Puis ils vous enverront leur chercher une autre bière.
Ces vieux marins sont beaux.






Quoi qu'il en soit, j'habite ici, je dors dans mon lit.
Enfin même pas, ma résidence est à Brabrand, dans la banlieue. 8 kilomètres du centre ville environ, et 20-25 minutes de vélo. Et ça n'aide pas pas forcement à apprécier la ville à sa juste valeur.
Et de fait, je ne ressens pas grand chose pour Aarhus.

Peut être suis-je excessif, mais le fait que cette ville n'ai jamais été rien d'autre qu'une petite ville de province. Historiquement, Aarhus ne vaut rien. Pas de batailles, pas de traités, pas de révoltes, pas de richesse notable ni d'âge d'or à regretter ... rien.
Elle jouit pourtant d'une position géographique avantageuse, et favorable au commerce. Mais la comparer aux cités de la Hanse, vu la disproportion des ambitions et des moyens, n'aurait aucun sens. Sans doute, elle est l'une des principales villes importantes du Jutland qui se soient maintenues depuis l'époque viking. Mais Alborg, ville Viking comme elle, resta longtemps une rivale continentale dont l'avantage s'est maintenu jusqu'au XIXe siècle. Et je ne parle même pas de Copenhague...

Il y a bien quelques explications et au moins ça ça peut être interessant. D'abord une explication physique: la ville a longtemps vécue ramassée sur le littoral, coincée entre la mer et ce que les Danois appellent de "hautes collines"(bien 60 mètres, faut pas déconner non plus). Ce qui fait que la ville aborda le XXe siècle avec grosso modo 10000 habitants (300 000 aujourd'hui).

Un autre facteur pourrait être ce dont j'ai déja parlé, cette tension entre les influences germaniques et scandinaves. Au lieu de se tourner résolument dans un sens ou dans l'autre, l'Histoire danoise sem ble louvoyer entre les deux. De ce fait, la position d"Aarhus ne servit ni à l'un ni à l'autre. Port naturel médiocre, trop ouvert et donc peu protégé contre d'éventuelles tempêtes, il mit longtemps à atteindre le statut qui est aujourd'hui le sien (le 2e du Danemark, mais son classement européen reste assez modeste). A son apogée au XVIIIe cependant, les armateurs et marchands représentaient une centaine de navires. Cette flotte commerciale respectable fut hélas décimée par les Anglais lors des guerres de l'Empire, et réduite à presque rien. Exit donc la prospérité commerciale...
Quant à l'influence continentale, elle semble paradoxalement moins sensible à Aarhus que dans la capitale. Aarhus a quelque peu souffert des attaques venues du continent, pendant la guerre de Trente ans en particulier et du fait des Suédois. (les Danois semblent avoir une tenace rancune contre leurs voisins qui remonte à cette époque, ils ont même une insulte qui se traduit littéralement par "cochon suédois", et le terme insultant ce n'est pas vraiment "cochon"...) Mais même si la ville a conservé des murs jusqu'au XIXe, elle a été peu impliquée dans l'histoire européenne.

Ah si tiens, en fait il s'y est passé quelque chose: la convention d'Aarhus, « sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement » est un accord international qui a été signé le 25 juin 1998 par 39 États. Peuchère! 'devraient construire une statue...

Ouais, pas évident...




Par L'Ours
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