Aarhus est un port...
Et ses quais, comme tous les quais, murmurent leurs propres légendes, rapportées par les vaisseaux qui fendent les eaux grises et les hommes qui les montent.
Ce ne sont pas des chevaliers, mais des hommes durs et silencieux, qui connaissent le vent de cette mer sévère,ces vents cruels et froids à fendre les os.
Ils sont les seigneurs de la Baltique.
Dans les tavernes du port, on croise parfois de ces vieux marins, blanchis d'écume, aux yeux d'un gris doux et triste. Si vous êtes assez audacieux et généreux, ils rompront leursilence pour vous réciter un vieux poème danois que leurs pères leur ont transmis autrefois.
"Aarhus!
Aarhus!
Aarhus!
Ville impétueuse et tumultueuse,
Tu es comme notre reine,
La source de la vie."
Puis ils vous enverront leur chercher une autre bière.
Ces vieux marins sont beaux.
Quoi qu'il en soit, j'habite ici, je dors dans mon lit.
Enfin même pas, ma résidence est à Brabrand, dans la banlieue. 8 kilomètres du centre ville environ, et 20-25 minutes de vélo. Et ça n'aide pas pas forcement à apprécier la ville à sa juste
valeur.
Et de fait, je ne ressens pas grand chose pour Aarhus.
Peut être suis-je excessif, mais le fait que cette ville n'ai jamais été rien d'autre qu'une petite ville de
province. Historiquement, Aarhus ne vaut rien. Pas de batailles, pas de traités, pas de révoltes, pas de richesse notable ni d'âge d'or à regretter ... rien. Elle jouit pourtant d'une position géographique avantageuse, et favorable au commerce. Mais la comparer aux cités
de la Hanse, vu la disproportion des ambitions et des moyens, n'aurait aucun sens. Sans doute, elle
est l'une des principales villes importantes du Jutland qui se soient maintenues depuis l'époque viking. Mais Alborg, ville Viking comme elle, resta
longtemps une rivalecontinentale dont l'avantage s'est maintenu jusqu'au XIXe siècle. Et je ne parle même pas deCopenhague... Il y a bien quelques explications et au moins ça çapeut êtreinteressant. D'abord une explication physique:
la ville a longtemps vécue ramassée sur le littoral, coincée entre la mer et ce que les Danois appellent de "hautes collines"(bien 60 mètres, faut pas déconner non plus). Ce qui fait que la ville abordale XXe siècle avec grosso modo 10000
habitants (300 000 aujourd'hui).
Un autre facteur pourrait être ce dont j'ai déja parlé, cette tension entre les influences germaniques et
scandinaves. Au lieu dese tourner résolument dans un sens ou dansl'autre, l'Histoire danoise semble louvoyer entre les deux.De ce fait, la position d"Aarhus ne servit ni à l'un ni à l'autre. Port naturel médiocre, trop ouvert et donc peu protégé contre d'éventuelles tempêtes, il
mit longtemps à atteindre le statut qui est aujourd'hui le sien (le 2e du Danemark, mais son classement européen reste assez modeste). A son apogée au XVIIIe cependant, les armateurs et marchands
représentaient une centaine de navires. Cette flotte commerciale respectable fut hélas déciméepar les Anglaislors des guerres de l'Empire, et réduite à
presque rien. Exit donc la prospérité commerciale...
Quant à l'influence continentale, elle semble paradoxalement moins sensible à Aarhus que dans la capitale. Aarhus a quelque peu souffert des attaques venues du continent, pendant la guerre de
Trente ans en particulier et du fait des Suédois. (les Danois semblent avoir une tenace rancune contre leurs voisins qui remonte à cette époque, ils ont même une insulte qui se traduit
littéralement par "cochon suédois", et le terme insultant ce n'est pas vraiment "cochon"...) Mais même si la ville a conservé des murs jusqu'au XIXe, elle a été peu impliquée dans l'histoire
européenne.
Ah si tiens, en fait il s'y est passé quelque chose: la convention d'Aarhus, « sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en
matière d'environnement » est un accord international qui a été signé le 25 juin 1998 par 39 États. Peuchère! 'devraient construire une statue...