Je suis rentré il y a peu d'un petit tour dans ces régions nordiques où jamais la mer ne semble loin, et où la vie semble douce.
Rien de fantastique, rien d'extraordinaire. Pas de chocs, pas de larmes d'émotion. Juste des villes et des paysages paisibles, ouverts et accueillants.
Je suis rentré sans regret au corps, mais en me disant à plusieurs reprises que si je devais quitter la France pour vivre ailleurs, Oslo ou Stockholm auraient à coup sûr ma préference.
J'ai vu pourtant des choses magnifiques ou surprenantes. J'ai passé ma premiere nuit en mer, où l'orchestre
du nightclub enchainait les reprises des Village People. J'ai vu les fjords de Norvège noyés de pluie.
A Bergen, j'ai trouvé bonne compagnie barbue(trois barbus qui se font de grands gestes; un douanier et son chien :"would you please open your bag, sir?")
J'ai découvert les plaisirs brulants du sauna. J'ai franchi l'épine dorsale de la Norvège en train, des paysages de rocs, d'eau et de glace, où la séverité le disputait à une sauvage beauté. A
Olso, j'ai frémi devant Le cris de Munch. Des navires viking éveillerent en moi une admiration qui dure encore. Et j'ai revé devant la coque épaisse du FRAM, croiseur de la Banquise
et au souvenir des explorations du pays des glaces.
Une étrange nostalgie m'a saisi dans les cours, dorées de feuilles d'automne, de la forteresse
dominant le port.
Au détour d'un bastion, j'ai rencontré des chevaliers brillants d'acier, en pleine joute.
Dans un parc, des dizaines de grandes statues, parfois troublantes, formaient comme la
population d'un monde fou, sorti des délires d'un seul artiste, Vigeland.
Plus tard, j'ai découvert en Stockholm un petit Paris, une brillante et belle cité. Je me suis perdu dans la vieille ville. J'ai marché des kilomètres et des kilomètres dans une ville pourtant
petite. J'ai trouvé des iles belles, et des parcs si tranquilles que je m'y serais endormi.
Ce fut là encore un navire qui me frappa le plus: le Vasa,épaveimmense renflouée il
y a cinquante ans, après trois siècles passés sous les eaux.
Dans un musée, on m'a rappelé que des quatre pays scandinaves, la Suède avait assurément eu l'Histoire la plus martiale, et aussi la mieux oubliée des Occidentaux. Qui se
souvient aujourd'hui du temps où la Suède dictait sa loi à toute la Baltique, et du temps où elle était arbitre des puissances russe, polonaise et impériale? Qui se souvient du temps où l'on
craignait les armées suédoises dans toute l'Europe centrale?
Enfin, ce fut sur une courte matinée à Malmö que s'acheva ma promenade. J'y ai vu le soleil se lever, la ville
s'étirer et se réveiller.
Et plus vite encore que je ne l'aurai cru, je me suis retrouvé dans ma chambre tranquille, la tête lourde mais
l'esprit en paix: j'avais voyagé.